Le parlement et les minorités

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Nombre de sociétés en guerre ont adopté la démocratie lorsque des segments politiques décimés par la violence ont convenu de déposer les armes et de faire valoir leurs intérêts par un scrutin. La marginalisation des minorités et leur exclusion de la participation politique vont à l’encontre de cette valeur essentielle qu’est la démocratie, moyen pacifique de régler les conflits politiques. Ainsi, la marginalisation des minorités peut avoir un effet délétère sur la réduction de la pauvreté, la gouvernance démocratique, la durabilité de l’environnement et la prévention des conflits. En revanche, l’intégration des points de vue des minorités au débat politique peut enrichir l’évaluation, l’analyse, la planification, la mise en œuvre et le suivi des initiatives de développement, et garantir des solutions locales et durables aux défis du développement.

Un parlement démocratique doit refléter la diversité sociale de la population du point de vue du genre, de l’origine géographique, de la langue, de la religion et de l’appartenance ethnique, et de toute autre caractéristique d’importance politique. Pour que les lois adoptées par un parlement soient légitimes, tous les citoyens, qu’ils proviennent d’un groupe minoritaire ou majoritaire, doivent être convaincus que l’institution a été élue grâce à des élections libres et régulières au cours desquelles ils ont tous eu la possibilité de se faire entendre. Pour bénéficier de cette légitimité, le parlement doit compter des représentants de tous les groupes qui composent le pays et rechercher activement la contribution de ces groupes.

Premièrement, le système électoral doit être conçu de sorte que tous les groupes minoritaires aient une véritable chance d’élire des représentants de leur groupe. Il y a plusieurs manières d’atteindre cet objectif, notamment l’imposition de quotas pour l’élection de parlementaires appartenant aux groupes minoritaires et la promotion des partis politiques composés de plusieurs groupes. Si le scrutin est considéré comme légitime, le parlement ainsi élu bénéficie de cette même légitimité et peut veiller à ce que tous les groupes soient entendus lorsqu’il adopte des lois et lorsqu’il contrôle l’exécutif.

Deuxièmement, quelle que soit sa composition ethnique, religieuse ou en rapport avec toute autre divergence, le parlement doit s’employer à faire participer tous les citoyens, peu importe le groupe auquel ils appartiennent, à l’examen des projets de loi et au contrôle de l’exécutif. Le parlement et les parlementaires disposent de nombreux outils pour s’assurer de ce que tous les citoyens et tous les groupes ont la possibilité de se faire entendre. Un comité parlementaire peut organiser des consultations publiques en dehors du parlement, par exemple dans les zones où se concentrent les groupes minoritaires. Les parlementaires peuvent organiser des tables rondes sur la responsabilité dans les communautés dominées par des groupes minoritaires.

Le principal est que des efforts particuliers, au-delà de la norme, soient consentis pour entendre ces voix. Le parlement n’assoira sa légitimité de véritable espace de dialogue national, ou ne la conservera, que grâce à ces efforts supplémentaires. Il veillera ainsi à ce que ses actions reflètent les intérêts de tous les citoyens et groupes minoritaires.